ASSOCIATION NIe POUR LA DEFENSE DES BIENS PATRIMONIAUX FRANCAIS EN TUNISIE
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DIV 20070627

Monsieur Georges HIRTZ
VILlA AL KOUDIA
CHEMIN DES HAUTS DE MALONESSE
16080 LUINES

Référence (ci-jointe) : Mémoire sur les rapatriés et l'Année d'Afrique

Monsieur,

Par un précédent courrier envoyé à Gardannes, je vous ai remercié d'avoir bien voulu m'envoyer, par l'intermédiaire de Monsieur Jean CAUSSE, votre ouvrage dédicacé sur« WEYGAND, années 1940-45 ».
Comme nombre de rapatriés, y compris des anciens de l'Armée d'Afrique, semblent plus ou moins ignorer ce sujet, je me suis inspiré de votre remarquable récit historique et de ma propre expérience pour rédiger le mémoire ci-joint.
Ayant fait l'essentiel de ma carrière dans l'artillerie de l'Armée d'Afrique, de 1939 à la fin de la guerre d'Algérie, j'ai vécu cette époque au sein des échelons subalternes cependant que vous en aviez connaissance au sommet de la hiérarchie. Je suis donc en mesure de confirmer la relation que vous en donnez par son
impact au niveau qui était le mien.
Après l'armistice de 1940, nous avons été repliés en Tunisie pour y connaître une brutale reprise en main. A Bizerte, où étaient concentrés d'importants restes de nos armées de terre, mer et air, le Général de Lattre de Tassigny faisait régner une discipline de fer avec des inspections inopinées à 03 heures du matin. Matériels et munitions étaient camouflés dans le djebel et nous partions en manœuvres quand la commission d'armistice s'annonçait pour vérifier la conformité de notre unité avec la convention.
Dans l'ignorance que, pour les allemands, WEYGAND et DE LATTRE étaient les responsables de ce comportement, nous n'avons plus entendu parler du premier cependant que le second prenait le commandement de la Division de Montpellier.
A partir du 8 novembre 1942, j'ai ensuite vécu l'évacuation des troupes de Tunisie en direction de Medjez El Bab, et leur survol par les Messermidts dans l'incertitude de nos intentions.
Lorsque les convois eurent atteint Medjez, l'ordre arriva de faire face à l'Afrika Korp qui nous suivait. Ce fut ensuite l'incertitude jusqu'à ce qu'anglais et américains nous appuient.
Pendant ce temps la mobilisation générale permettait de constituer le CEF que le Général JUIN devait engager en Italie.
A l'issue de la Campagne de Tunisie, nous avons été dragués par une France Libre qui se dévalorisait en incitant l' «Armée Pétain» à déserter moyennant un avancement exceptionnel et immédiat dans « l'Armée Leclerc » !
Après avoir rejoint au Maroc les embryons de la 1ère Armée, et subi une rapide instruction sur les matériels US, ce fut l'embarquement à ORAN pour les Cotes de Provence et la poursuite de la Whermarkt jusqu'en Autriche.
Les combattants d'AFN, démobilisés en 1945, étaient alors loin d'imaginer le drame de la décolonisation qui les attendait.

Veuillez agréer, Monsieur, avec mes vifs remerciements, l'expression de ma considération distinguée.

Gilbert ORRAND