"Voilà la seule repentance que j'accepte"


Pardon !
Pour avoir libéré les esclaves à Alger après que les soldats du Roi de France en aient chassé le Dey.
Pour tous les marécages asséchés, transformés en vergers.
Pour les terres emblavées sur les sols empierrés.
Pour le nom d'Algérie que la France t'a donné.
Pour tous les chemins tracés et les rails posés afin que toutes les campagnes se rapprochent des cités.
Pardon pour les perles que furent Oran, Constantine et Alger que de jaloux pays nous ont tant enviées
Pardon l'Algérie !
Pour avoir construit des écoles, des lycées, des facultés afin que les enfants puissent y être formés.
Pour ces barrages élevés, à des canaux reliés afin qu'à tous les robinets l'eau douce puisse couler.
Pour les dispensaires et les hôpitaux qui ont été créés afin que tes fils puissent y être soignés.
Pour le trachome éradiqué
Pour les maladies infectieuses endiguées.
Pardon l'Algérie !
Pour toutes les gorges d'innocents tranchées.
Pour le massacre d'Oran perpétré un 5 juillet.
Pour tout ce que tu as pris qui ne t'était point donné.
Pour les accords d'Evian que tu as bafoués.
Pour tous les lauriers dont tu t'es parée.
Pour avoir fêté une victoire que tu n'as pas gagnée
Pour tous mes frères Harkis que tu as suppliciés pour le seul tort d'avoir voulu rester Français.
Pardon l'Algérie !
Mais si un jour, toi peuple algérien, manches retroussées, à l'image de nos pères qui t'ont tout donné, tu te mets à rebâtir ces murs lézardés par ces vandales qui nous ont succédé,
Alors, fier je serai d'avoir été ton frère,
Et si toi, l'Algérien, troquant ton glaive pour l'aire, tu te mets à défricher comme l'avaient fait nos pères et, bravant les sauterelles, la sécheresse et la poussière, recommences à semer sans regarder en arrière, sans quêter des visas pour fuir la misère, alors je saurai que je suis pardonné.
Et pourquoi pas rêver dans un élan de paix qui t'amène à saisir le rameau d'olivier, à demander pardon à tes frères exilés, et reconnaître, ensemble, tous les bienfaits par notre France prodigués.

Danièle Horta et Emilien Pastor

Poème paru dans la revue des Anciens du Lycée Lamoricière et dans l'Echo de l'Oranie N° 309