AU PLAN MORAL COMME À CELUI DE LA MÉMOIRE LES« RAPATRIÉS» ET LEURS
DESCENDANTS DEMEURENT MEURTRIS.

Leur déception a été profonde de constater que la loi du 23 février 2005, qui était censée régler définitivement - après quarante trois ans d'attente - tous les problèmes des réfugiés d'Algérie et d'outre-mer et remplir tous les objectifs de Mémoire et de Justice d'une section du peuple français meurtrie par l'histoire, s'est révélée d'une extrême avarice morale et matérielle: cette loi est partielle, lacunaire, voire discriminatoire; elle laisse entière la revendication des «rapatriés» et de leurs descendants de voir protéger la mémoire de leurs aïeux par une présentation, dans l'enseignement et par les médias, neutre et objective de l'expansion outre-mer au XIXème siècle et au début du XXème siècle; elle laisse entière la revendication d'accès au droit commun en ce qui concerne les réparations matérielles (l'indemnisation des biens spoliés ou perdus notamment) ; s'ajoute à ce tableau décevant le silence de l'Etat devant les insultes outrageantes proférées en permanence depuis l'autre côté de la Méditerranée à propos de la période française de l'Algérie.

Les « rapatriés » et leurs descendants

- ne supportent plus de savoir les symboles les plus sacrés de leur passé de l'autre côté de la Méditerranée profanés, dispersés ou détruits: les cimetières chrétiens et juifs (reconnaissant la décision tardive de remise en état des grands cimetières mais s'inquiétant du déclassement des petits), les monuments aux Morts pour la France, les archives historiques, civiles et patrimoniales, alors que les Pouvoirs Publics avaient le devoir absolu permanent d'en garantir le respect, la pérennité et l'intégrité.

- ne supportent plus de voir chaque année commémorer, parfois encore avec la compromission de représentants de l'Etat, un anniversaire honteux entre tous: celui du faux cessez-le-feu du 19 mars 1962, alors qu'une date a été officiellement fixée pour rappeler le souvenir des Morts pour la France et des victimes civiles en A.F.N. entre 1952 et 1962 ;

- ne supportent plus de constater que les plus déracinés d'entre eux: les Harkis rescapés des massacres de 1962, ne peuvent toujours pas traverser librement la Méditerranée pour revoir des familles dont ils sont inhumainement séparés maintenant depuis deux générations;

Les rapatriés spoliés ayant tout perdu (toit familial, outils de travail, biens, emplois...) et leurs ayants droit exigent, au nom des principes de droit inscrits dans la Constitution, notamment celui de l'égalité de tous les Français devant les charges publiques, au nom de l'équité et de la morale la plus naturelle, les réparations de toute nature des conséquences matérielles d'un exode brutal qui leur a été imposé, sans précédent dans l'Histoire de la République par son caractère massif et irréversible.

En effet, trois lois de «contribution » à l'indemnisation n'ont en moyenne réparé économiquement que 10% des pertes alors que la Nation avait tous les moyens dès 1962 d'assumer cette obligation juridique et morale, et qu'elle s'est de plus enrichie depuis plus de trois fois et demi en termes réels.

L'Etat doit cesser de manifester cette ingratitude permanente qu'il a ainsi marquée à l'égard de ceux dont les aînés ont versé leur sang sans restriction pour participer à sa défense et à sa libération, au sein de l'Armée d'Afrique, et lui ont notamment permis en 1945 de s'asseoir à la table des vainqueurs.

MEMOIRE ET JUSTICE: Tant que toutes les revendications de ces deux ordres n'auront pas été pleinement satisfaites, les « rapatriés » et leurs descendants constateront avec douleur et indignation qu'ils demeurent des exclus de la Nation.

Le présent document vise à synthétiser, domaine par domaine, sans ordre prioritaire, le socle commun des légitimes revendications des rapatriés non satisfaites à ce jour.