~ Un peu d'histoire ~

http://jeanmarcelbouguereau.blogs.nouvelobs.com/archive/2010/12/29/tunisie-la-revolte-est-en-train-de-changer-de-nature.html

La France a laissé un pays riche et prospère. Dans des conditions moins dramatique qu'en Algérie la bourgeoisie juive, dont la présence en Tunisie remontait à deux mille ans, le petit peuple italien, plus nombreux que les français en 1900 et dont la présence en Tunisie n'était pas coloniale mais de proximité, tous devenus français par une législation spéciale française différente de celle d'Algérie, ont été gentiment mais fermement priés de quitter la Tunisie et tous les biens agricoles et industriels nationalisés.( Les lois d'exception pour les français propriétaires d'immeubles en Tunisie perdurent d'ailleurs toujours malgré les nombreux accords de réciprocité signés avec la France jamais respectés par la Tunisie).
Cette perte fut irremplaçable. Bourguiba entreprit avec son premier ministre Ben Sallah de socialiser le pays. Il le conduisit à la ruine. Il fallut que Bourguiba, nommé Président à vie, soit complètement gâteux pour que Ben Ali, formé par la France, puisse le déchoir de ses fonctions.
L'islamisme prit le chemin de la Tunisie, obligeant Ben Ali à des actions musclées, à un espionnage permanent, à faire régner la terreur, une terreur douce, certes, mais une terreur quand même (comme jadis en France la main de fer dans un gant de velours).
A part l'industrie du phosphate, qui donna d'ailleurs lieu à des révoltes ouvrières spectaculaires, créée par la France (qui en 1900 avait déjà créé un Institut Pasteur à Tunis) à qui l'on reprochait d'avoir tout développé pour son bénéfice personnel alors que le bey touchait les royalties, d'avoir créé des chemins de fer "à voie étroite", ce qui était classique pour les industriels, l'économie tunisienne sombra doucement et l'agriculture devint celle d'un pays pauvre.
Hammamet, immortalisé par ses plages et les écrivains ou artistes qui allaient y chercher les plaisirs de la chair, devint un centre de tourisme exceptionnel avec Djerba et le développement du tourisme donna une bouffée d'air au pays dont la géographie intérieure n'a pas la richesse de la Beauce et l'amitié franco-tunisienne envoie aujourd'hui en France 600.000 tunisiens qui travaillent et vivent chez nous apportant à leur pays les devises nécessaires.
Aujourd'hui, avec ces échanges, internet, la télévision, les voyages, le tourisme, les tunisiens veulent se moderniser complètement et profiter de l'essor économique de la mondialisation, alors que sur bien des points, en bien des endroits, la vie est difficile, avec des traditions séculaires inhibitrices, des jeunes de grandes villes qui voient le monde changer mais la mentalité du "bakchich" perdurer partout, les outrances enrichissantes continuer dans les milieux dirigeants, la presse d'opposition muselée, une libération des moeurs et l'expansion féminine couplées à une remontée de l'islamisme.
Les matières dangereuses ne manquant pas, la première étincelle enflamme un peuple qui aspire à un autre régime, mais sans se douter que dans l'ombre se profilent des menaces bien pires encore que ce qu'il vit et qu'en cas d'explosion le risque est que ce ne soit pas la démocratie qui gagne.

A tous nos amis tunisiens nous disons que, dans ces difficultés, nous sommes de tout coeur avec eux et que nous regardons avec angoisse se dérouler le parchemin de l'histoire dont on ne connaît jamais la suite qu'après l'avoir vécue.

Ecrit par : Louis Badelon | 31.12.2010